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 POUR FRANCIS....

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Serge Calonis
Dieu suprême du récit
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MessageSujet: POUR FRANCIS....   Mar 1 Mai - 10:04

Bonjour,

Voici le texte de la conférence que j'ai dite le samedi 28 avril 2007 à l'Institut National d'Histoire de l'Art en hommage à Francis Ramirez.



POUR FRANCIS

Par Nicolas Bay


HOMMAGE À FRANCIS RAMIREZ

LE SAMEDI 28 AVRIL 2007

À L’INSTITUT NATIONAL D’HISTOIRE
DE L’ART
« Bonjour à toutes et à tous », pour reprendre ce que disait Francis au début de chacun de ses cours. D’abord je voudrais remercier Delphine Robic-Diaz pour la grande patience dont elle a fait preuve envers moi ainsi que Chloé Guerber-Cahuzac et Philippe Castelnau qui ont eu l’amabilité de relire mon texte et de me faire part de leurs corrections qui m’ont beaucoup aidé à l’améliorer… Veuillez m’excuser de vous lire ce texte, mais il me serait trop difficile de prendre la parole aujourd’hui si je n’avais pas ce support écrit…


Cher Francis Ramirez,

D’abord, je dois vous avouer que j’ai beaucoup hésité à prendre la parole en cette journée d’hommage à vous rendu. Mais Christian Rolot m’a dit qu’il le souhaitait, et mes sentiments d’amitié pour vous deux sont si forts que… bon enfin bref voilà, je me lance…

Et j’ai choisi de vous écrire une lettre, pas une vraie lettre puisque si vous êtes quelque part présent, ce en quoi je veux croire, vous l’entendrez sous forme de propos tenus en public au cours de ce bel hommage qui vous est consacré en ce 28 avril 2007… Peut-être au contraire ne l’entendrez vous pas car votre absence est si dure à porter pour tous ceux qui vous aimaient que mes mots me semblent vains et resteront, je le sais, sans réponse….

Cher Francis, ces mots d’introduction paraphrasant ô combien maladroitement votre si belle lettre à Monsieur Charlie Rivel extraite de votre magnifique premier livre, coécrit avec Christian Rolot et préfacé par Pierre Etaix sont la seule introduction que j’ai pu trouver pour essayer de prendre le plus dignement possible la parole aujourd’hui… Ainsi, vous me tenez encore par la main, malgré votre absence.

Cher Francis, pour beaucoup vous étiez Monsieur Ramirez. Mais, la profonde amitié qui me lie à vous depuis ce jour de février 1992 où je fis votre connaissance fait que pour moi vous êtes et resterez à jamais… Francis.
J’ai suivi vos cours pendant près d’une quinzaine d’années et ce qu’ils m’ont apporté tant sur le plan intellectuel que sur le plan humain ne se mesure pas. Ce que j’aime depuis toujours en vous, c’est votre si grande élégance, votre sens des vraies valeurs, notamment des valeurs morales, votre ponctualité, la beauté de votre éloquence dans l’expression française, devenue si rare de nos jours… Le grand respect que vous avez toujours su si admirablement porter à vos étudiants aussi… Grâce à vous, j’ai découvert Jacques Tati, Pierre Etaix, Jean Cocteau, Robert Bresson, Buster Keaton, Sacha Guitry et tant d’autres… Et au delà de ces merveilleux cinéastes, vous m’avez communiqué le sens de la vie. Vous parlez de la ligne Keaton, là encore j’ai envie de vous paraphraser et de parler d’une ligne Ramirez… L’un des plus grands honneurs pour moi est d’avoir été votre « disciple »… Vous avez été le plus merveilleux, le plus patient, le plus compréhensif des directeurs d’études que l’on puisse imaginer. Ma maîtrise de plus de cinq cent pages sur la réception critique des films de Jacques Tati, je vous la dois entièrement… Vous avez été l’encre qui a abreuvé ma plume, pour reprendre l’expression de l’un de mes amis. J’ai soutenu ma maîtrise en 1998 et compte tenu de mes problèmes de santé vous avez eu la grande sagesse de m’encourager à me limiter à ce diplôme. Sachez combien j’ai maintenant compris vos raisons… J’ai continué à suivre vos cours en auditeur libre pratiquement jusqu’au dernier, en octobre 2006, auquel j’ai assisté et que je ne pourrais jamais oublier…
Mais ma plus grande fierté est peut-être aussi avant tout d’avoir été votre ami. Oui, le plus magnifique, voyez-vous cher maître est l’amitié qui nous a lié tous deux pendant ces quinze années. Tant de gens sont sortis de ma vie, pour une raison ou pour une autre, de mon fait ou du leur, peu m’importe. Mais en ce qui nous concerne vous et moi, il n’y a que la mort qui pouvait nous séparer… Vous avez été un pilier, un roc, dans ma vie. Je n’ai jamais pu avoir le courage de vous le dire, mais vous étiez pour moi comme mon deuxième père, mon grand frère et mon meilleur ami. Dans tous les moments durs que j’ai traversé, vous avez su être à la fois discret et si présent… Je n’oublierai jamais ce jour du printemps 2003. Alors hospitalisé en province, fort loin de Paris, je vous avais écrit pour vous exprimer mes plus profonds regrets à ne pouvoir assister à la soutenance de thèse de l’une de vos plus brillantes étudiantes, pour laquelle j’ai toujours eu une profonde estime, Chloé Guerber-Cahuzac. Dans ma lettre, je ne vous donnais ni l’adresse, ni le numéro de téléphone de l’endroit où j’étais, ne voulant pas par respect vous demander de me répondre… Pourtant, le lendemain du jour où je postais cette lettre, je reçus un long appel de votre part… Vous êtes le seul de mes amis à m’avoir appelé, durant cette hospitalisation qui fut pour moi comme une sorte d’exil, et cette superbe preuve d’amitié, je ne l’oublierai jamais. Je n’oublierai jamais non plus tous les repas que nous avons partagé au Terminus Lyon où vous aviez vos habitudes et où pendant un temps, nous eûmes tous les deux nos habitudes. Je n’oublierai jamais mes séjours à Montpellier qui me permirent de mieux connaître Christian Rolot, devenu l’un de mes amis les plus proches, lui aussi… Vous m’avez énormément aidé à avoir une meilleure estime de moi-même, car vous n’avez cessé de me donner des preuves d’estime. Oui, Francis, je ne pensais pas pouvoir prendre la parole aujourd’hui, mais vous m’avez donné tant de force, tant de bonheurs, de richesses humaines et intellectuelles, que finalement, il m’est facile de parler… D’ailleurs avec vous, tout devenait toujours possible et réalisable, même les choses les plus difficiles. Alors oui, bien sûr, la mort nous a séparé, mais vous resterez à jamais présent pour moi… J’avais encore tellement, tellement besoin de vous. Mais quelque part, vous êtes là, présent comme le plus beau soleil de mes années d’étude. Et je tiens à dire que l’un des plus beaux cadeaux que vous m’avez légué est la très profonde amitié qui me lie avec votre cher Christian…

Mais maintenant, c’est vous que j’ai envie d’écouter, à travers deux superbes lettres que vous m’avez envoyé il y a dix ans… Mais pour moi, c’est comme si c’était hier.

La première de ces deux lettres représente à merveille votre grande méticulosité envers les travaux de vos étudiants… Vous êtes le seul enseignant que j’ai connu à avoir pris tant d’attention à mon travail. J’ajouterais que cette lettre a d’autant plus de valeur pour moi que je l’ai reçue le matin même du décès de la sœur de ma mère, qui tout comme vous mourut dans la nuit, quelques jours à peine après son anniversaire, si jeune elle aussi… Ce matin là vos mots remplis d’estime furent pour moi un très, très beau cadeau.

« Francis Ramirez le 16 août 1997

Cher Nicolas,

Je viens de terminer la lecture de votre dossier en deux volumes sur la réception par la presse française sur Le Testament d’Orphée et je vous félicite pour le travail accompli.
Vous êtes allé au-delà de ce que l’on demande habituellement pour un dossier de maîtrise.
Le volume 1 est particulièrement réussi : vous avez su faire une bonne synthèse en cousant les citations des principaux articles. Le fait que vous ayez dû aller à la page est un « accident » heureux, chaque article gardant ainsi l’autonomie d’une fiche. Je suppose que lorsque des articles importants comme celui d’Art, par exemple (p.20), ne comportent pas de noms d’auteur, c’est que la documentation du CNC ne le mentionnait pas. Peut-être auriez-vous pu indiquer après chaque titre et entre parenthèses la tendance générale de l’article lorsqu’elle était très typée : « négatif », « très négatif », « mitigé », « original ». Je l’ai parfois fait au crayon, au fil de la lecture et c’est utile pour une consultation rapide. Le second volume est également sérieux : l’organisation est claire et les citations bien introduites. J’aime bien, en outre, la clarté méthodologique de l’introduction et, ça et là mais surtout dans la conclusion, les quelques prises de position personnelles. Ces jugements motivés (par exemple Le Testament est le film qui à l’encontre de ce que dit le journaliste vous a initié à l’œuvre filmique) ont leur valeur et sonnent justes.
Je crois cependant que sans entrer dans une analyse de film qui vous aurait éloigné de votre propos, vous auriez eu avantage à chercher dans le film le « support » des critiques, des objections ou des dépaysements. Une ou deux phrases sur l’absence d’intrigue, le type de construction, les allusions référentielles auraient été utiles.
De même, il apparaît que certains critiques ont un fondement moral ou idéologique. « La Libre Belgique », qui est un journal très conservateur, partage ainsi avec La Croix un jugement négatif où peut-être, la querelle avec Mauriac retentit encore. Mon conseil serait donc, je pense maintenant à votre mémoire, de davantage interpréter les données patiemment collectées de façon à mieux éclairer les jugements formulés.
Je souhaiterais garder un double de votre travail auquel tout bien pesé j’attribue la note de 16/20.
Nous nous verrons à la rentrée pour la suite. Je sais que vous traversez en ce moment même une période très difficile et c’est très sincèrement que je vous adresse mes amitiés.

Francis Ramirez. »

La deuxième lettre en réponse à une nouvelle quasi autobiographique que j’avais écrite est quand à elle le plus beau symbole de l’amitié qui nous a lié, vous et moi.

« Francis Ramirez le 21 septembre 1997

Cher Nicolas,

Si je vous écris, vous l’avez peut-être deviné, c’est que j’ai pris le temps de lire votre texte. Merci tout d’abord pour votre dédicace, je sais qu’elle est sincère.
J’ai lu votre récit en lui trouvant beaucoup d’exactitude : vous cherchez à faire le point et vous tâchez de viser au plus juste. Ce caractère direct en fait la qualité et surtout l’authenticité. Je suppose que vous n’attendiez pas de moi une critique littéraire que, sur ce type d’écrits, on ne doit pas produire. Je trouve bien que vous ayez eu le besoin d’écrire, et mieux encore l’énergie de produire un récit et de le faire lire avec tout ce que cela implique.
Je ne suis pas un psychologue et, en outre, je crois profondément que les choses de l’art perdent à être éclairées par une quelconque démarche symptomatique, aussi pertinente soit-elle. Ecrivez, faites des choses, allez au cinéma et surtout ne minimisez pas tout ce qu’il y a de positif et d’allant en vous.
Je ne vous donne aucun conseil, sauf un conseil de professeur, qui est de travailler, de croire à ce qu’on fait et de le réaliser du mieux possible. Avec ce texte, avec d’autres précédemment, je crois que vous avez fait ce qu’il fallait faire.
Nous verrons mercredi comment essayer de planifier votre travail de maîtrise. Vous me direz où vous en êtes.

Amicalement,

Francis Ramirez.

P-S : Excusez la brièveté de cette lettre, mais la période est très chargée. »

Cher Francis… Que me reste-t-il à dire maintenant que me voici réduit au silence… Que puis-je ajouter d’autre que vous remercier simplement pour avoir été qui vous étiez pour nous tous… Vous étiez et vous restez une force de vie pour tous ceux qui vous ont aimé… Et pour moi, votre souvenir restera cette force, cet espoir extraordinaire, oui, cette foi en l’humanité même maintenant que vous n’êtes plus là… Parce qu’il y a dans ce monde des êtres aussi merveilleux que vous et que Christian, oui, la vie vaut d’être vécue, en ce qui me concerne, même si elle est terriblement dure, cruelle et injuste. « Et maintenant que vais-je faire », maintenant que « mon ami, mon maître » n’est plus de ce monde je ne sais… Ce que je sais tout simplement c’est que « quand il est mort le poète »,
Le bel âge s’est (se) clôt
comme un petit bécot
d’enfant sage qui dort
demain il sera grand
et moi je serai mort…

Une force de vie par delà la mort, Francis… Et pour toujours.


Et pour finir je voudrais juste vous évoquer ce magnifique film de Pierre Etaix qui s’appelle Yoyo, ce superbe film dont le secret réside dans l’idée essentielle que la seule façon de devenir un adulte de ce nom c’est de garder en soi les qualités inhérentes à l’enfance. Et je crois que cela, ce secret là, Francis l’a eu jusqu’à sa mort.
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Eith
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MessageSujet: Re: POUR FRANCIS....   Jeu 3 Mai - 0:39

il est vraiment tres beau ce texte, Nicolas!

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The Scottish
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MessageSujet: Re: POUR FRANCIS....   Lun 3 Sep - 10:30

Je suis 100% d'accord, belle plume...
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MessageSujet: Re: POUR FRANCIS....   

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